(English title: What the point of being a book if fingers don’t touch me and eyes can’t stroke me. English below)

Avec « Un dimanche au cachot », Patrick Chamoiseau nous parachute brutalement et sans nous prévenir dans la folie du 21ème siècle, dans notre médiocre modernité. Plus de petit négrillon courant pieds nus dans la Martinique des annéUn-dimanche-au-cachotes 60…

L’homme dissèque publiquement sa schizophrénie il se sait éducateur, lecteur, écrivain, musicien raté, juriste réticent, gourmand compulsif, peintre échoué… Et encore d’autres choses. Sa curiosité naturelle mais aussi la possibilité d’accès rapide à l’information permise par la société actuelle ont fait de lui ce monstre polycéphale, dont il a du mal lui-même à définir les contours. Il s’agit de passer un dimanche dans notre cachot intérieur, face à notre lourde histoire, face à nos personnalités nombreuses et torturées, parfois contradictoires, face à nous, sans échappatoire social ou commercial futile possible. Ce livre là m’a touchée, en voici quelques bribes :

« (…) Quoi qu’être un oiseau si le jour ne se lève pas ? (…) »

« (…) [le dimanche] on est victime d’un refoulé d’humanité qui vous plante en béance (…)»

« (…) Bienheureux surtout les angelots du prozac, béatifiés sous xanax, qui s’exonèrent en douce d’un conflit avec leur existence (…)»

« (…) De toutes façons, le cœur ne sert à rien (…) »

« (…) Les infamies majeures ne se ressemblent jamais, chaque époque a la sienne (…) »

« (…) La croyance est l’énergie primordiale de l’esprit (…) mais il semblerait (…) qu’il faille les conserver en laisse, les décider d’abord et les maintenir sous décision comme ces bêtes fauves qui peuvent à tout moment se retourner et vous mordre tout entier (…) »

(C’est de l’auto pillage. A lire aussi ICI )

 

With « Un dimanche au cachot » Chamoiseau throws us without warning in the craziness of our 21st century. No barefoot little Negro running in the streets of the sixties Fort-de-France, Martinique. This book is a public dissection of his own schizophrenia. He knows himself as educator for young children, famous writer, unsuccessful musician, reluctant legal expert, compulsive eater, repressed painter… and a lot more besides. His natural curiosity slaked by the quick availability of all needed information has made him a polycephalous monster that himself can’t define clearly anymore.
The book is about experience one Sunday in our own jail, inside ourselves, facing our heavy history, our multiple personalities, our own tortured soul and our own contradictions, without any possible commercial or social escape.
Guess why it touched me?

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